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2 octobre 2012 2 02 /10 /octobre /2012 13:14
dimanche 30 septembre 2012
par  Roger Grevoul

 

Pour ceux qui doutent encore de l’application actuelle du blocus et qui espéraient que l’arrivée de Barak Obama à la Présidence des Etats Unis y mettrait fin, il faut malheureusement qu’ils déchantent ! Plusieurs articles de ce site prouvent le contraire.

Aujourd’hui nous donnons un nouvel exemple, qui touche directement notre association et qui nous a conduit à protester vigoureusement et de faire appel au gouvernement français ainsi qu’aux groupes parlementaires pour appuyer nos démarches.

Un implacable et insupportable blocus !

 

Au mois de juillet dernier, dans le cadre de ses activités culturelles avec la Maison Victor Hugo de La Havane, notre association adressait une demande de virement à l’attention de l’Alliance Française de La Havane, pour remboursement du voyage de Monsieur Jean Ristat, Légataire universel de Louis Aragon et de Monsieur Franck Delorieux photographe, spécialiste de l’oeuvre de notre grand intellectuel. Ce voyage était organisé dans le cadre des commémorations de la date anniversaire de sa disparation. (Un compte rendu en est fait sur notre site) L’évènement avait lieu avec le soutien de l’Ambassade de France à Cuba.

Le 31 juillet, notre banque nous informait que nos fonds avaient été bloqués par le Trésor américain pour une période de 10 ans, en vertu des mesures d’extraterritorialité, que le puissant voisin de Cuba s’arroge le droit d’imposer depuis plus de 50 ans, au mépris des votes répétés des Nations Unies exigeant la fin de cet illégal et inhumain blocus. Dans les jours qui vivent la même assemblée aura une nouvelle fois à se prononcer ce qu’elle fait depuis des années quasi-unanimement. (voir les récents articles publiés sur le site). Les exemples ne manquent pas, dont récemment encore, une société française qui a été mise à l’amende pour commerce avec Cuba.

Au-delà de l’indécence et du mépris du gouvernement des Etats-Unis toujours prompt à donner des leçons de démocratie et de libertés, cette ingérence dans une transaction française nous choque, même si celle-ci a été réalisée ne dollars, ce qui en soit ne peut être considéré comme un crime ! Qui est en droit d’imposer à la France, qui a repris en 2011 le cours normal des ses relations avec Cuba, la nature et ls modalités de ses envois de fonds de coopération.

Nous sommes intervenus auprès des différents Ministres intéressés, auprès des présidents des groupes politiques de l’Assemblée Nationale et du Sénat, auprès de leurs groupes d’amitiés, afin qu’ils soutiennent notre démarche, tant de protestation, que d’exigence de déblocage de cette situation.

Jusqu’à présent deux réponses nous sont parvenues :

- Celle de Monsieur Bernard PIRAS, Sénateur Maire de Bourg-les-Valence, Président du groupe d’amitié avec la caraïbe du Sénat qui est intervenu auprès du Ministre des affaires étrangères

- Celle de Monsieur André CHASSAIGNE, député du Puy-de-Dôme, Président du Groupe d’amitié avec Cuba de l’Assemblée Nationale, qui est intervenu d’une part auprès de l’Ambassadeur des Etats Unis en France, et d’autre part auprès du Ministre des Affaires Etrangères français.

DERNIERE HEURE : M. Chassaigne vient de nous faire parvenir la réponse (sidérante !) de l’ambassade des USA à Paris... Trop de dossiers à traiter... Si le blocus les encombre il n’a qu’à l’arrêter.

Voir la lettre de l’ambassade :

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Nous les remercions tous les deux de leurs démarches solidaires avec notre association.

Nous renouvelons notre exigence de la fin du blocus et le remboursement de la somme bloquée injustement.

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2 octobre 2012 2 02 /10 /octobre /2012 07:18

Par Pedro Otero

New York, 1 octobre (RHC).- Le ministre cubain des Affaires étrangères, Bruno Rodríguez, a assuré ce lundi aux Nations Unies que la politique des États-Unis “reste essentiellement la même », elle est basée sur l’ingérence et l’imposition, pour attaquer les richesses des peuples.

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Prenant la parole à la 67è période des sessions de l’Assemblée Générale de l’ONU, le ministre cubain a signalé que l’Amérique Latine et la Caraïbe ont changé et font une contribution plus importante à l’équilibre du monde. À ce sujet il a signalé :

« Jamais auparavant l’Amérique Latine et les Caraïbes ne s’étaient prononcées avec tant de force et unité comme lors du dit Sommet des Amériques, célébré en avril à Carthagène des Indes qui a une nouvelle fois exclu Cuba à cause de l’imposition des États-Unis.

La souveraineté de l’Argentine sur les Malouines, que notre pays appuie avec ferveur et la levée du blocus de Cuba ont été les grands axes d’une déclaration qui a démontré que la patrie américaine de Bolivar, l’Amérique de José Martí est entrée dans une nouvelle étape en ce siècle de son indépendance définitive. 

 La politique des États-Unis reste en essence la même. Son actuel président Barack Obama n’a pas tenu la promesse qu’il avait faite en 2009. La voracité pour nos richesses persiste, tout comme l’imposition de modèles d’ingérence »- a déclaré Bruno Rodriguez.

 Bruno Rodriguez a souligné que bien que l’administration étasunienne parle du dit pouvoir d’intelligence, l’approche du déploiement militaire prévaut toujours au détriment d’une relation démocratique entre les états souverains ".

Se référant aux prochaines élections au Venezuela, le ministre cubain des Affaires étrangères a déclaré :

« Les élections au Venezuela seront décisives pour le sort commun de la région. Nous exprimons notre solidarité avec le peuple vénézuélien et son leader, le président Hugo Chavez, face aux tentatives de déstabilisation.

 Les pouvoirs qui gouvernent les États-Unis commettraient une grave erreur, aux conséquences imprévisibles, s’ils encourageaient à en finir par la force  avec les conquêtes sociales de nos peuples.

Se référant à la participation de Cuba au processus de paix en Colombie, le ministre des Affaires étrangères a déclaré :

“ Avec discrétion et modestie, Cuba a toujours contribué à la paix en Colombie. Elle a donné tout son appui aux conversations exploratoires confidentielles réalisées tout au long des années à La Havane, elle le fera aussi en tant que garant  et siège d’une phase du processus de dialogue entre le gouvernement et les Forces Armées Révolutionnaires de la Colombie. »

Bruno Rodríguez a déclaré qu’une reforme de la structure de l’ONU est nécessaire si l’on veut que cette organisation réponde aux intérêts de toutes les nations et pas seulement à ceux des puissances mondiales.

Il a assuré que l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord, l’OTAN perçoit notre région comme une périphérie pour intervenir et assurer ses intérêts qui sont illégitimes.

Au sujet de la crise en Syrie et des aspirations de la Palestine, Bruno Rodriguez a une nouvelle fois confirmé la position de Cuba.

Cuba défend le droit du peuple syrien au plein exercice de l’auto détermination et de la souveraineté sans ingérence et sans intervention étrangère d’aucun type. Pour ce faire il faut que la violence, les massacres et les actes terroristes qui ont causé de grandes pertes de vies innocentes, cessent. Il faut aussi mettre fin à la livraison d’armes et de l’argent aux groupes d’opposition et à la manipulation médiatique honteuse de la réalité.

Il revient à l’Assemblée Générale d’user de toutes ses facultés pour promouvoir une solution pacifique de ce conflit qui déchire ce pays arabe et pour empêcher qu’une agression militaire étrangère ayant de graves conséquences pour le Moyen Orient, soit lancée.

L’Assemblée Générale doit agir de façon résolue en ce qui concerne la reconnaissance de l’État palestinien en tant que membre à part entière de cette organisation.

Bruno Rodriguez s’est arrêté dans son discours sur l’inclusion de Cuba sur une liste dressée unilatéralement par Washington des états qui selon lui, appuient le terrorisme. Il a signalé :

Le 31 juillet dernier, le Département d’Etat des États-Unis a une nouvelle fois, inclus Cuba sur sa liste unilatérale et arbitraire des états promoteurs du terrorisme international.

Le maintient de Cuba sur cette liste a pour but de fabriquer des prétextes pour durcir la poursuite de nos transactions financières et justifier la politique de blocus, qui a causé de pertes humaines inestimables et des dommages économiques pour plus d’un billion de dollars.

Les États-Unis n’ont pas la moindre autorité morale ou politique pour  juger Cuba.


Nul n’ignore que le gouvernement étasunien a utilisé le terrorisme d’État comme une arme dans sa politique contre Cuba, terrorisme qui a provoqué  la mort de 3 478 de nos compatriotes et qui a laissé handicapés 2 099 autres. Les États-Unis donnent abri à des dizaines de terroristes, quelques uns desquels vivent librement  dans ce pays. Cependant ils maintiennent en prison 4 antiterroristes cubains et retiennent cruellement en leur territoire un autre.

Cuba rejette énergiquement l’utilisation d’une question aussi sensible que le terrorisme à des fins politiques. Elle exige du gouvernement des États-Unis qu’il arrête de mentir et qu’il mette un terme à cet exercice qui offense le peuple cubain, la communauté internationale et qui discrédite la lutte contre le terrorisme. »

 

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2 octobre 2012 2 02 /10 /octobre /2012 07:04

Caracas, 2 octobre (RHC).- Le président Hugo Chavez a déclaré lors d’un meeting de campagne organisé à  Cabimas dans l’Etat de Zulia que le 7 octobre, journée des élections présidentielles au  Venezuela, les nouvelles portes de l’avenir s’ouvriront pour la période 2013-2019.

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“Les conquêtes des 14 dernières années seront en jeu ce jour-là.  Nous avons sorti le Venezuela du marais de misère, de pauvreté, d’exclusion dans lequel il s’enfonçait  ",- a-t-il précisé.

 Hugo Chavez a appelé les Vénézuéliens à ne pas se laisser entraîner par le triomphalisme, à ne pas baisser la garde, à travailler dur pendant les jours qui restent avant les présidentielles parce que la survie de la patrie est en jeu le 7 octobre -a-t-il réitéré ".

Il a signalé que la bourgeoisie opposante est désespérée, qu’elle prétend arriver au pouvoir pour mettre le Venezuela et ses principaux ressources comme le pétrole entre les mains des transnationales, de l’oligarchie vénézuélienne, de l’impérialisme

Certains caressent le rêve de ne pas reconnaître les résultats, d’appeler à la fraude et d’inciter à la violence. Nous les affronterons avec les idées, la paix et le vote massif pour atteindre 10 millions de voix.

Le chef de l’Etat vénézuélien a signalé que ces dernières années son gouvernement a tracé le chemin port entreprendre une nouvelle étape durant laquelle le développement intégral du pays sera consolidé, la zone nord occidentale sera transformée en un grand pôle pétrolier, pétrochimique, industriel, agricole et forestier.

Il a rappelé que 500 milliards de dollars ont été investis dans le développement social de la nation, de telle sorte qu’à l’heure actuelle le Venezuela est le 5è pays au monde ayant le plus grand nombre d’étudiants dans les universités, avec plus de 2 millions-

Il s’est référé aussi à la construction de logements dans le cadre de la Grande Mission Logement Venezuela. 3 millions de logements devront être construits avant 2019. Il a signalé qu’à Zulia 20 000 ont été remis en un an à peine et 26 000 autres sont en construction

Il a exhorté le peuple a se rendre massivement aux urnes pour démontrer au monde de quel coté est le coeur du Venezuela.

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1 octobre 2012 1 01 /10 /octobre /2012 12:04

 

 

Nations- Unies, 27 septembre (RHC).- Lors de son intervention à l’Assemblée Générale de l’ONU, Juan Manuel Santos a signalé qu’il assume les négociations du processus de paix engagé par le gouvernement et la guérilla colombiens, avec optimisme en vue d’une solution d’un conflit qui dure depuis presque un demi- siècle. « On ne peut pas laisser passer l’occasion. La paix ne convient pas seulement à la Colombie mais à toute la région aussi »-a-t-il ajouté.

Nous avons pris la détermination d’avancer avec prudence, sérieux, fermeté et sans répéter les erreurs commises dans les dialogues précédents avec les Forces Armées Révolutionnaires de Colombie- Armée du Peuple (FARC-EP), a déclaré le président Santos qui a ajouté que l’agenda prévu sera court et précis pour aboutir à l’objectif désiré.

A ce sujet, il a souligné « j’ai l’espoir de pouvoir donner à cette assemblée l’an prochain, un bilan positif de l’effort que nous avons entrepris avec enthousiasme pour obtenir la fin de notre conflit ».

Juan Manuel Santos a remercié la communauté internationale de son appui dès le début du dialogue avec les FARC-EP, ainsi que de sa disposition à aider.

Après deux ans d’approches exploratoires, les négociations commenceront formellement en Norvège au début du mois d’octobre et continueront à Cuba grâce à la bonne volonté des deux pays qui agiront comme garants. Il a aussi souligné l’aide du Venezuela et du Chili.

Il a enfin ajouté que l’intention de son gouvernement n’est pas seulement de parler de paix mais de la construire avec les actions qui sont mises en pratique quotidiennement.

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1 octobre 2012 1 01 /10 /octobre /2012 09:20

Je peux témoigner du complexe de supériorité de Paris, de l’arrogance impériale de Washington, de la décadence capitaliste de Manhattan, des élections parlementaires en Allemagne et de la juste part que j’ai prise aux élections en Grande-Bretagne. Dans aucun de ces cas je n’ai trouvé une culture politique démocratique aussi profonde qu’au Venezuela.

Ewan Robertson

Déjà que ce n’est pas facile d’éviter la politique en général au Venezuela, mais là, en pleine campagne électorale, les signes de débat et de lutte politique se font, presque littéralement, omniprésents. Dans la petite ville andine de Mérida, dont la population n’atteint pas 300.000 habitants, traverser le centre de la ville donne une idée de l’intensité de la campagne pour l’élection présidentielle du 7 octobre. Le Président Hugo Chavez brigue un troisième mandat face au concurrent de la droite Henrique Capriles Radonski, de la coalition de la Table Ronde de l’Unité Démocratique (MUD), et les militants s’activent fortement de toute part.

Une des stratégies à Mérida, ce sont les caravanes de campagne, les militants montent dans des camions, des voitures et des jeeps, font le tour de la ville en arborant des drapeaux, en klaxonnant et en criant des slogans. Une autre est le rassemblement de militants à un point-clef du trafic avec des amplis diffusant de la musique en faveur de leur candidat, freinant le trafic pour distribuer des tracts ou écrire des messages sur les lunettes arrière. Il y a quelques jours j’ai vu une compétition intéressante entre un groupe de Primero Justicia (PJ), le parti de Capriles Radonski, et la jeunesse du Parti Communiste (PCV), qui appuie la candidature de Chavez. Tous deux tentaient de distribuer leurs tracts aux conducteurs et de chanter le plus fort possible. Sans vouloir être trop partisan, je dois reconnaître que les militants du PCV faisaient clairement preuve de plus d’enthousiasme, alors que ceux de  PJ finissaient par se taire et les chansons distinctement révolutionnaires se répandaient dans la rue. “Il semble que les communistes gagnent” me dit mon partenaire en souriant.

Puis il y a les stands : des tables sous de petits auvents où les militants se réunissent avec leurs tracts et leur musique pour faire campagne auprès des passants, activant une sorte de débat de rue à propos de l’élection. Sans aucun doute il y a plus de stands du type “punto rojo” (points rouges) du parti de Chavez, le Parti socialiste Unifié du Venezuela (PSUV), que de l’opposition. Selon des infos que j’ai reçues de Caracas, la présence de l’opposition dans les rues y est encore plus faible qu’à Mérida. Les punto rojos sont partout, dans chaque place principale et voie principale de la ville, et j’ai déjà amassé une collection de tracts à force de passer devant ces stands. Ajoutez à cela les grands meetings de campagne, les visites porte à porte par les militants, la couverture saturée des médias, les panneaux d’affichage géants, et les affiches couvrant tout surface disponible que les militants collent chaque nuit quand les rues son calmes. Non, ici, impossible d’ignorer l’élection présidentielle. La plupart des vénézuéliens n’ont pas envie de l’ignorer, conscients qu’ils sont, contrairement à ce qui se passe dans beaucoup d’autres pays, que leur vote va déterminer réellement la future orientation politique du pays.

Manifestation de soutien au candidat de la droite Henrique Capriles Radonski, Caracas, septembre 2012 (photo : AVN)

Manifestation de soutien au programme néo-libéral du “superman” Henrique Capriles Radonski, rues de Caracas, septembre 2012 (photo : AVN)

militantes du Parti Socialiste Unifié lors d’un meeting de soutien à la candidature de Hugo Chavez (Mérida, septembre 2012). Photo : Venezuelanalysis

Un regard sur le matériel de campagne des deux candidats éclaire ce choix. Le tract de campagne de Chavez fait le bilan de ce qui a été réalisé par le président depuis sa première élection en 1998, exprime la vision générale de son mouvement pour le Venezuela et les propositins concrètes pour la période qui vient. Les réussites mentionnées comprennent la santé gratuite et les systèmes éducatifs, l’élimination de l’analphabétisme, l’établissement d’un réseau non lucratif de distribution de nourriture, l’intégration dans une Amérique Latine souveraine et la construction des bases de la démocratie “participative et protagonique”. Les cinqs objectifs de la campagne (chacun d’eux étant décliné en propositions concrètes) sont la consolidation de la souveraineté nationale, la poursuite de la construction du “socialisme bolivarien du 21ème siècle”, la conversion du pays en puissance latino-américaine, la promotion d’un ordre mondial multipolaire capable de garantir la paix, et la “préservation de la vie sur la planète et le sauvetage de l’espèce humaine”, ce dernier point étant souvent l’objet de moqueries de la part de Capriles et de sa campagne, pour qui le Venezuela ne devrait s’occuper que de lui-même.

La campagne de Capriles, elle, semble avoir deux manifestes. Dans l’officiel, Capriles se présente comme une sorte de Chavez “light”, promettant de maintenir les populaires programmes sociaux, tout en défendant la nécessité d’accroître “les stimulants pour les entrepreneurs” et en critiquant “les obstacles majeurs aux activités des compagnies privées”. Ensuite vient le programme réel, filtré par des membres dissidents de l’opposition, qui montre sa nature néo-libérale : dérégulation bancaire, ouverture de l’économie aux investissements privés, réduction du financement par l’État des services publics et des projets établis par les 40.000 conseils communaux qui oeuvrent dans le pays. On peut lire un résumé des programmes des deux candidats sur le site Venezuanalysis.com ici (en anglais).

D’un point de vue démocratique, malgré le refus de l’opposition de soumettre à l’électorat son programme politique réel, les citoyens du Venezuela sont en présence d’un choix véritable dans cette (et dans chaque) élection. Ils ont le pouvoir de décider de l’orientation qu’ils veulent pour le pays.

Une élection dans une démocratie libérale en déclin

Dans la dernière élection générale dont je fus témoin, en Grande-Bretagne en mai 2010, l’atmosphère était quelque peu différente. J’y étais candidat parlementaire, défendant une alternative socialiste aux coupes claires dans les dépenses publiques et aux autres mesures d’austérité annoncées comme réponse nécessaire à la récession capitaliste. Moi-même et d’autres activistes menions campagne dans la ville d’Aberdeen, en Écosse, qui ceci dit en passant est d’une taille semblable à celle de Mérida. Mais la ressemblance s’arrête là.

Des étudiants de la capitale écossaise Edinburgh manifestent pour protester contre l’augmentation des droits d’inscription en Angleterre et de leur possble introduction en Écosse. Au Venezuela l’éducation universitaire est gratuite. (Photo : Ewan Robertson, décembre 2010.)

Le scrutin se caractérisait par un sentiment d’apathie, de désenchantement, et d’impuissance. Comme dans beaucoup de pays d’Europe et d’Amérique du Nord, l’élection consiste à soumettre au vote de la population deux variantes d’une même politique pré-établie : dans ce cas, de nouvelles privatisations des services publics, le gel des salaires, les pertes d’emplois et la réduction des bénéfices sociaux. Aucun thème substantiel n’était débattu publiquement. Les institutions de la finance internationale, les banques, les médias privés, et les courants politiques dominants avaient déjà décidé que les gens ordinaires paieraient pour la crise économique, causée par le capitalisme en genéral et par le capital financier en particulier. Que les gens votent pour le Parti Travailliste au pouvoir ou pour les autres forces politiques dominantes – les partis Libéral-Démocrate ou Conservateur – ils scelleraient ce qui était basiquement la même politique. L’idée d’une population possédant une véritable voix dans la prise de décision, c’est-á-dire, la véritable démocratie, était reléguée au dernier rang.

Cette élection reflétait le déclin continu du système démocratique libéral, comme on pouvait l’observer dans l’atmosphère de la campagne. À Aberdeen par exemple je garde un seul souvenir de militants du parti travailliste, dont le parti tentait de garder le pouvoir, présents physiquement dans les rues du centre avec leurs tracts. Des aspects de la campagne de terrain tels que le porte-à-porte et la diffusion de tracts eurent sûrement lieu mais rarement.  Cela valait pour tous les grands partis, avec une évidente absence d’enthousiasme et de mobilisation dans la population. En termes de publicité, les marques formelles d’une élection étaient encore présents : affiches, panneaux, tracts massivement distribués par des firmes privées, candidats en tournée dans le pays et dont la presse reprenait les déclarations. C’était une élection mue par les sondages, les campagnes de relations publiques et des discours sous forme de clips.

Déjà, je sentais que l’esprit de la démocratie réelle, celui du peuple contrôlant la politique de son pays et  sentant que sa voix et son vote importent, était absent. Absents, les groupes de militants arrêtant le trafic principal pour une distribution massive de tracts. Absents, les stands sur chaque place et dans chaque rue, avec leurs militants expliquant passionnément pourquoi leur candidat mérite d’être soutenu. Absents, les cortèges massifs de dizaines et de centaines de milliers de personnes, criant avec joie et colère, exigeant, louant leurs candidats, à cause de l’enjeu réel de la victoire. Absente, la notion d’une force politique majeure défendant l’intérêt de la population face à ceux d’une élite dominante, quelque chose qui vous donne la force de vous lever du fauteuil pour vous battre. Cela se refléta dans le taux de participation qui malgré la possibilité d’un changement de gouvernement (comme ce fut le cas) fut faible : 65 %. Bien loin du taux de 84% qui avait marqué le raz-de-marée victorieux des travaillistes en 1950, et du taux de 75% de l’élection présidentielle de 2006 au Venezuela, qui n’a jamais semblé serrée,  Chavez gagnant avec une bonne longueur d’avance. Les taux de participation des élections au Royaume-Uni sont en général encore plus bas.

La réalité est qu’en Europe, en Amérique du Nord et en Australie, à un degré ou à un autre, la participation et la prise de décision substantielle en politique ont été volées au peuple, à un point qui semble n’avoir jamais existé. Dans les générations antérieures, les électeurs disposaient au moins d’un choix réel à faire, entre le capitalisme de bien-être social avec intervention de l’État dans l’économie, ou le capitalisme néo-libéral de libre marché. Aujourd’hui les politiques peuvent être qualifiées, comme l’a un jour noté le journaliste en campagne John Pilger, comme “des partis indéfinissables en concurrence pour la gestion d’un état à l’idéologie unique”. Des communautés, des syndicats et des organisations de mouvements sociaux sont alors forcés de descendre dans la rue pour défendre les acquis et ls droits sociaux, avec une petite représentation politique formelle disposée à les appuyer. Ajoutez à cette monoculture politique un nationalisme nauséabond pro-establishment, des attaques contre les droits civils au nom de la “guerre contre la terreur”, des scandales sporadiques de corruption, et vous pourrez voir les indicateurs du déclin continu de la culture démocratique et participative dans ces pays.

La naissance d’un Venezuela participatif et démocratique

Pourquoi observe-t-on en revanche des niveaux aussi élevés d’enthousiasme et de participation dans la politique vénézuélienne ? De 1958 à 1998, le Venezuela vivait une “démocratie” où deux partis se succédaient au pouvoir, alors que les militants de gauche étaient activement persécutés. Ce système dit de “Punto Fijo” perdit sa légitimité en 1989 lorsque le président social-démocrate Carlos Andrez Perez (CAP) mit en place les mesures d’austérité néo-libérales du FMI, parmi lesquelles la suppression des subventions au carburant. La population répondit par des manifestations et des émeutes, que le gouvernement de CAP écrasa en recourant aux forces armées, avec un solde estimé à trois mille victimes civiles. Exaspérés par l’élitisme, l’exclusion et la corruption du système de Punto Fijo, le peuple s’est tourné vers Hugo Chavez et son mouvement “Cinquième République” qui a brisé net le système des deux partis décrédibilisés. L’élection de Chavez à la présidence en décembre 1998 marqua le début de la révolution bolivarienne.

Celui-ci a respecté sa promesse de campagne de refonder le pays, avec l’élection d’une assemblée constituante en 1999 qui a produit ce qui est sans doute l’une des constitutions les plus progressistes au monde. Soumise au référendum populaire, elle a donné aux vénézuéliens un large éventail de nouveaux droits politiques,  civils et sociaux, et a fourni le cadre des réformes démocratiques postérieures. Aujourd’hui, entre autres droits, les vénézuéliens peuvent révoquer les représentants élus (du maire au président) à mi-mandat, ou soumettre directement des projets de loi à la discussion par l’Assemblée Nationale. Des élections générales ou des référendums ont eu lieu pratiquement chaque année depuis l’élection de Chavez, permettant à la population de prendre collectivement des décisions sur des matières politiquement cruciales, telles que la confirmation de Chavez lors du référendum révocatoire de 2004, la courte défaite de celui-ci lors du référendum constitutionnel de 2007 et l’approbation par référendum de l’amendement constutionnel qui permet à tout mandataire (du maire au président) de se soumettre au suffrage des électeurs au-delà de deux mandats.

Installation du Parlament Comunal de la Comunne Socialiste Ataroa, État de Lara.

S’est développée une dynamique où le travail législatif  a dû avancer au rythme de l’explosion des organisations de base. Beaucoup de vénézuéliens participent et s’engagent activement dans la vie politique, dans les mouvements sociaux, dans les partis politiques, dans les conseils communaux, dans les communes, dans les médias communautaires, dans les syndicats, dans les conseils de travailleurs et dans d’autres assemblées. Une grande partie des classes pauvres et de la classe moyenne inférieure, qui forment près de 80% de la population, se sont sentis représentés par le gouvernement Chavez et l’ont défendu avec passion. En plus d’une politique d’inclusion sociale et de transfert de pouvoir aux pauvres, cela s’explique par les politiques gouvernementales de contrôle des revenus issus de l’industrie pétrolière et de l’investissement dans la santé et dans l’éducation gratuites, dans les subventions au réseau de distribution d’aliments et dans la construction de logements. Le mouvement des privatisations a été renversé avec la nationalisation des télécommunications, de l’électricité, du ciment, de certains secteurs bancaires, et d’autres secteurs stratégiques, probablement, si Chavez gagne l’élection du 7 octobre. Ces mesures ont été prises avec pour toile de fond une opposition intransigeante, soutenue par les États-unis qui a tenté, physiquement comme électoralement, de chasser Chavez, sans succès jusqu’à présent.

Bien sûr rien n’est parfait. Toutes ces conquêtes ne signifient pas qu’il n’y a pas de régressions dans le nouvel essor démocratique. Lorsque Chavez a été atteint d’un cancer l’an dernier, une attention renouvelée a été donnée au fait que le mouvement bolivarien dépende autant d’un dirigeant. La corruption et la bureaucratie sont des phénomènes qui freinent une radicalisation de la démocratisation et érodent l’appui á la révolution bolivarienne en général. Je l’ai noté dans la région orientale de Guayana, oú des figures se réclamant ostensiblement de Chavez résistaient aux avancées du projet de contrôle ouvrier, les travailleurs tentant de prendre le contrôle des entreprises. Une culture politique opportuniste existe encore, certains politiciens tirant un avantage de leur position pour leur promotion personnelle. Ceci peut être observé à Mérida où tant le gouverneur pro-Chavez que le maire d’opposition font imprimer leur nom et leur visage sur les uniformes et le matériel de leurs employés, préférant leur auto-promotion à celle de l’institution pour la gestion de laquelle ils ont été élus. Cela signifie que celui qui veut travailler dans le ramassage public des ordures ou dans l’entretien des parcs, doit porter sur son uniforme l’effigie d’un homme politique. C’est une pratique à laquelle s’opposent de nombreux membres du mouvement pro-Chavez, et le débat et l’action sur ces thèmes font partie de la dynamique de la lutte pour approfondir la nouvelle démocratie participative du Venezuela.

Points de vue divergeants sur la démocratie au Venezuela : du jargon des médias privés à la réalité.

Néanmoins, de grands pas ont été franchis dans le transfert de pouvoir à la population et la participation de celle-ci depuis 1998. La vitalité de la démocratie vénézuélienne contraste fortement avec l’Occident. J’en ai eu de nouveau la preuve la semaine dernière, lorsque Chavez s’est rendu à Mérida pour un meeting électoral. La réponse de la population fut incroyable : les “campesinos” (producteurs agricoles), les ouvriers, les étudiants et beaucoup d’autres ont afflué vers la ville depuis les alentours pour appuyer la réélection du président. La joie et l’enthousiasme des manifestants était palpable, avec des banderoles faites à la main, des expressions artistiques, des cornes de brume, de la musique, des abrazos, des tapes sur l’épaule, et des déclarations d’appui à Chavez. Les grands meetings vénézuéliens tels que celui-ci sont un mélange de performances musicales, de fêtes de rue et de manifestations politiques. Il est juste aussi de dire que les partisans de l’opposition, même si leur position peut s’appuyer sur des valeurs réactionnaires, ou sur la notion confuse que la “justice” ou le “progrès” doit venir d’un candidat néo-libéral de l’élite vénézuélienne, sont tout autant passionnés, la plupart dans leur opposition à Chavez. Dans la politique vénézuélienne, les gens sentent qu’ils ont une cause qui vaut la peine d’être soutenue et des millions de personnes sont motivées à se lever pour le faire.

En conversant avec les gens du meeting de Mérida, je fus impressionné par la profondeur de la conscience politique et la variété des opinions parmi la foule quant au motif de leur appui à la réélection de Chavez. Pour certains, l’intégration latino-américaine était la raison. Pour d’autres c’était la santé gratuite. Pour beaucoup la raison principale, comme me l’affirma un couple d’âge moyen, était : “c’est le président qui a donné le plus de pouvoir à la population”. Pour un autre homme, c’est le président qui “a réveillé les vénézuéliens et les peuples frères”. Une jeune femme me déclara que c’était tout simplement parce que “je l’aime”.

“Je soutiens la révolution bolivarienne parce que j’ai vu se matérialiser le projet du peuple et la participation sociale dans le changement ” (Photo : Ewan Robertson)

Pour un journaliste au service d’un média privé tel que Reuters, avec son gros salaire dans un bel appartement et disponible pour l’opposition (on imagine), cela est la preuve d’une “vision romantique et affective de Chavez” qui joue cyniquement la  “carte populiste” pour remporter un nouveau mandat. Pour un journaliste d’Associated Press qui n’a jamais connu la pauvreté dans sa vie, les programmes sociaux, souvent mentionnés comme des “largesses effectuées avec l’argent du pétrole” dans le jargon de la presse privée anti-Chavez, peuvent être ignorés : Chavez “dépense lourdement dans des programmes sociaux… cette année en cherchant à consolider son appui” c-à-d en achetant cyniquement des votes. Peu importe la séquence historique qui montre un engagement sur le long terme en termes de budgets sociaux de la part du gouvernement Chavez, avec la réduction de moitié de la pauvreté entre autres succès. Un engagement qui comprend le maintien des budgets sociaux pendant la récession de 2009-10 alors qu’aucune élection présidentielle n’était en vue, afin de neutraliser les effets négatifs de la crise économique globale sur la population du Venezuela, une mesure apparemment hors d’atteinte pour de nombreux pays du “premier monde”.

De fait la jeune femme qui me déclara que “l’amour” était la raison principale d’avoir voté pour Chavez n’était pas éblouie par quelque image populiste ou par des dépenses de dernière minute. Elle vient d’une famille pauvre qui vivait dans un taudis non loin du lieu où se déroulait le meeting. Elle est sur le point d’obtenir un diplôme dans le programme de médecine intégrale communautaire, alors qu’elle aurait été exclue du système traditionnellement élitiste de la médecine au Venezuela. Son logement de fortune a été transformé en logement décent à travers le programme géré par les communautés de “substitution de taudis par des logements“, qui fait partie de la mission gouvernementale de construction massive de logements. C’est ce type de transformations qui valent un appui aussi fort à Chavez, même si le reconnaître est si difficile pour les médias internationaux. Selon les médias privés, rallier l’appui de la majorité populaire en orientant les politiques gouvernementales en fonction de leurs besoins, semble une mauvaise chose pour la “démocratie”. Selon l’analyse récente de l’ex-Conseiller aux Relations Extérieures Joe Hirst, le Venezuela a besoin de prendre des leçons de démocratie auprès des États-Unis. Quelle ordure. Au moins l’ex-président des USA Jimmy Carter a apporté une dose de réalité à ce qui est l’atroce manipulatio médiatique par la plupart des grands médias sur l’élection au Venezuela, déclarant que pour lui, qui a observé 90 élections dans le monde entier, le système vénézuélien est le meilleur du monde.

Une renaissance démocratique en Occident ?

Alors que les médias privés se sont enfermés eux-mêmes dans l’illusion orwellienne selon laquelle les États-Unis et la Grande-Bretagne sont des modèles de démocratie et que le Venezuela est un pays agité et gouverné par un “régime”, dans le monde réel la réalité est différente.

La démocratie aux États-Unis et en Europe est en danger, avec une majorité de la population écartée des choix réels en matière de politiques publiques, et une monoculture politique qui gouverne des pays entiers en fonction des intérêts d’une petite élite. Pendant longtemps la réaction a été l’apathie ou la dépolitisation, cependant dans de nombreux pays s’est manifestée une résistance significative à l’austérité capitaliste, avec de nouveaux mouvements qui sont nés et d’anciens qui se sont renouvelés. Il reste à voir si ce désenchantement face au déclin de la démocratie va se convertir en mouvement capable d’une transformation sociale et politique. Peut-être verrons-nous un parallèle avec le Venezuela, où un mouvement de l’extérieur à réussi à briser le monopole des élites sur le pouvoir et a générer une renaissance démocratique révolutionnaire. Dans cette tâche on peut apprendre beaucoup de ses succès et de ses contradictions : par beaucoup d’aspects le Venezuela est une des démocraties les plus avancées du monde actuel.

Par Ewan Robertson, Venezuelanalysis.com

Traduction de l’anglais : Thierry Deronne

URL de cet article : http://venezuelainfos.wordpress.com/2012/09/30/venezuela-democratie-participative-versus-declin-democratique-occidental-par-ewan-robertson/

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29 septembre 2012 6 29 /09 /septembre /2012 08:45
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7 septembre 2012 5 07 /09 /septembre /2012 08:05

source : Cuba Ahora (Cuba), 20 Août 2012

traduit de l’espagnol par Marc Harpon pour Changement de Société.


Plus d’un français pense qu’il n’y a pas d’élections à Cuba ou suppose quand il croit qu’il y en a que les candidats sont désignés par le Parti Communiste. Cela tient à deux raisons : d’une part, la presse européenne ne parle jamais des élections cubaines et, d’autre part, le système électoral dans l’île est très différent de ce que l’on connaît ailleurs. Le mandat de Raul Castro, et de l’intégralité des députés de l’Assemblée Nationale cubaine, d’où sont issus le gouvernement et le conseil des ministres, arrive à son terme. Cuba se prépare donc à de nouvelles élections générales.


Cuba a mis en branle le mécanisme démocratique complexe, qui impliquera plus de 8,5 millions de personnes et dont l’apogée sera marquée par les élections générales, terme d’un processus qui commencera en octobre prochain, avec l’élection des délégués aux assemblées municipales du Pouvoir Populaire.

Dans le processus électoral original de Cuba, où les candidats sont choisis par le peuple au lieu d’être nommés par un quelconque parti politique, la présence des femmes et des jeunes est une preuve d’excellence, étant donné que les riverains sélectionnent les plus capables et ceux dont le parcours est le plus exemplaire, tant dans leur communauté qu’au travail.

Le premier détail qui saute aux yeux est que, dans l’île, sous le Décret-Loi 248, qui porte sur le Système d’Identification et de Recensement des Électeurs, les listes électorales sont actualisées en permanence avec les données apportées par les intéressés, qui peuvent par ailleurs les modifier si des erreurs y apparaissent.

Ces listes électorales sont publiques, puisqu’elles sont affichées dans chaque circonscription à des endroits visibles pour tous les citoyens.

Pour ces élections, les assemblées publiques qui éliront ceux qui, pour leur mérite individuel, reçoivent la reconnaissance du peuple, se tiendront sur plus de 50 900 sites entre le 3 et le 29 septembre. Ces candidats constituent la réserve à partir de laquelle sont constituées les assemblées municipales, provinciales et le Parlement, et sont, par ailleurs, chargés en dernière instance d’exécuter la politique gouvernementale.

L’article 80 de la Loi Électorale établit que ces réunions exigent une présence massive des électeurs de la zone et que pour être sélectionné comme délégué à l’assemblée municipale du Pouvoir Populaire, il est nécessaire d’avoir 16 ans. Un autre impératif est d’avoir un niveau d’instruction suffisant et d’habiter dans une circonscription électorale de la municipalité au sein de laquelle on est élu.

Dans les assemblées de désignation, ceux qui veulent proposer un candidat à la délégation doivent demander la parole et, à chacun à son tour, exprimer ses raisons et arguments en faveur de sa proposition. Pour que la proposition soit soumise au vote, elle doit être approuvée par l’individu désigné et être débattue par les autres participants s’ils le souhaitent.

Conformément à la Constitution, tous les cinq ans, les députés rejoignant l’Assemblée Nationale du Pouvoir Populaire sont élus, en même temps que les délégués des assemblées provinciales, alors que les instances municipales se renouvellent tous les deux ans et demi.

La Loi Électorale stipule que l’organisation des élections générales dans le pays a pour but la désignation des députés de l’Assemblée Nationale du Pouvoir Populaire, de son président, de son vice-président et de son secrétaire. Ce scrutin a également pour objectif d’élire le président, le premier vice-président, les vice-présidents, le secrétaire et les autres membres du Conseil d’État de la République.

Le trait distinctif de nos scrutins est la participation populaire, puisque c’est le peuple qui nomme et désigne directement ses représentants. La population participe aux élections, dans lesquelles le vote est libre, égalitaire, direct et secret ; aucune campagne politique n’est permise, quel que soit le candidat, et chaque citoyen est inscrit d’office et gratuitement sur les listes électorales.

Les résultats des élections tenues pour les trente-cinq ans d’existence du pouvoir Pouvoir Populaire, de même que l’activité déployée par les délégués et députés et par les organes représentatifs qu’ils intègrent confirment la légitimité de notre système politique socialiste et de notre démocratie, qui, une fois encore, se met en branle.

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6 septembre 2012 4 06 /09 /septembre /2012 21:33

 

La Havane, 3 septembre (ACN) - Grâce aux efforts réalisés par son gouvernement pour améliorer l’alimentation des groupes les plus vulnérables, Cuba est le seul pays d’Amérique Latine et des Caraïbes qui est parvenu à éliminer la dénutrition infantile, a affirmé une organisation internationale.

 

Le dernier rapport du Fond des Nations Unies pour l’Enfance (UNICEF), intitulé « Progrès pour l’enfance », contient un bilan nutritionnel dans lequel il est signalé qu’il existe, en tout, dans le monde entier, cent quarante six millions d’enfants de moins de cinq ans souffrant de graves problèmes de dénutrition.

Le rapport de l’UNICEF indique que 28% de ces enfants se trouvent en Afrique, 17% au Moyen Orient, 15% en Asie, 7% en Amérique Latine et les Caraïbes, 5% en Europe centrale et 27% dans d’autres pays en voie de développement. Il indique que Cuba a la possibilité d’accomplir l’objectif qu’elle s’est proposée, pour 2015, d’éliminer la pauvreté tout en garantissant un développement durable.

Parmi ses réussites, la nation antillaise est fière d’indiquer la diminution de la mortalité infantile, qui se maintient en 4,7 pour mille enfants nés vivants, l’un des taux les plus bas du monde, a annoncé la Chef du Groupe National de Pédiatrie du Ministère de la Santé Publique, Berta Lidia Castro.

Ce résultat se doit, fondamentalement, au système sanitaire accessible, universel et gratuit pour tous les habitants du pays, ainsi qu’au programme de vaccination qui protège les enfants de treize maladies.

Un article publié par un journal régional mexicain, le Siglo del Torreón, et cité par l’ambassade de Cuba à Mexico, indique que l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture a, elle aussi, reconnu que Cuba est la nation la plus avancée dans le combat contre la dénutrition. Cela la situe à l’avant-garde dans l’accomplissement des tâches en faveur du développement humain, indique le quotidien qui ajoute que Cuba garantit une alimentation de base à tous et qu’elle fait la promotion de l’allaitement maternel exclusif complété par d’autres aliments jusqu’à six mois.
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2 août 2012 4 02 /08 /août /2012 15:51

Août 2012


Ce  31 juillet 2012, à Brasilia, lors du sommet extraordinaire du Marché Commun du Sud (MERCOSUR), la présidente argentine Cristina Fernández, a salué l’adhésion du Venezuela par ces mots : « les gouvernements du Venezuela, de l’Uruguay, du Brésil et de l’Argentine représentent la force sociale et historique de leurs peuples qui se rassemblent au bout de 200 ans d’Histoire pour signifier enfin que la solitude a pris fin, que nous nous sommes retrouvés. Ne croyez pas qu’il s’agit d’une bataille d’idées politiques ou économiques, non, c’est une bataille culturelle. Pendant longtemps nos sociétés, même nos chefs d’entreprise, ont été bombardés par le discours selon lequel les paradigmes étaient autres, les modèles étaient autres. Cette bataille ne peut se mener en termes individuels parce que nous faisons partie de projets collectifs, nous sommes nés collectivement à la politique. Nous ne sommes pas des projets individuels, derrière nous il y a les partis, les mouvements sociaux et politiques nourris d’une longue histoire. »

Brasilia, 31 juillet 2012. En marge du sommet du Mercosur, l’Argentine et le Venezuela ont signé d’importants accords liant leurs compagnies pétrolières publiques.

Lors de son arrivée à Brasilia le président Chavez était attendu par les délégués de nombreux mouvements sociaux et partis de gauche venus de tout le Brésil. Parmi eux les représentants de la CUT, principal syndicat du Brésil et le Mouvement des Sans Terre (www.mst.org.br), dont le coordinateur national, Joao Pedro Stedile, explique la mobilisation : « l’Amérique Latine vit une conjoncture positive pour le monde du travail en général, parce que nous sommes sortis de l’hégémonie totale des États-Unis et du néolibéralisme, avec l’élection de gouvernements progressistes dans tout le continent. L’avenir se joue dans la bataille entre trois projets : le premier est la reprise de l’offensive des États-Unis qui veulent recoloniser la région et la transformer en simple fournisseur de matières premières et d’énergie en vue de maximiser le profit de leurs entreprises qui opèrent ici. Il y a un deuxième projet qui défend une intégration continentale sans les états-uniens mais qui reste dans le cadre des intérêts des entreprises capitalistes. Et il y a un troisième projet que nous appelons l’ALBA (Alternative Bolivarienne pour l’Amérique) qui vise à construire une intégration politique, économique et culturelle à partir de l’alliance entre gouvernements progressistes et organisations populaires. Ces trois projets s’affrontent tous les jours dans tous les espaces et à chaque élection présidentielle, on trouve des candidats des trois projets.»

Pour éclairer l’honnête citoyen(ne) sur ce sommet historique du MERCOSUR et sur ses développements à court et à long terme (l’événement ayant été comme d’habitude occulté par les médias français), nous publions le point de vue d’un spécialiste des stratégies économiques publiques : Luciano Wexell Severo. Économiste brésilien formé à l’Université Pontifícia Católica de São Paulo (PUC/SP), Severo est titulaire d’un Master et doctorant d’Économie Politique Internationale (PEPI) de l’Université Fédérale de Rio de Janeiro (UFRJ), chercheur de l’Institut de recherche Économique Appliquée (IPEA) au Brésil et professeur invité de l’Université Fédérale de l’Intégration Latino-Américaine (UNILA). Entre 2004 et 2005, Luciano Wexell Severo fut consultant de la Banque du Commerce Extérieur du Venezuela (Bancoex), puis, de 2005 a 2007, conseiller du Ministère des Industries Basiques de Minerai du Venezuela (Mibam). Entre 2008 et 2012, il a exercé les fonctions de Directeur Exécutif de La Chambre de Commerce et d’Industrie Brésil-Venezuela à Rio de Janeiro.

Hugo Chavez, Dilma Roussef, Pepe Mujica et Cristina Fernandez lors du sommet extraordinaire du MERCOSUR scellant l’adhésion du Venezuela, le 31 juillet 2012, à Brasilia. Roussef a annoncé la création d’un fonds spécial destiné à réduire les asymétries entre économies des membres du Marché Commun du Sud.

Les développements de l’entrée du Venezuela dans le marché Commun du Sud (Mercosur)

Par Luciano Wexell Severo

De manière générale, c’est aux alentours de 2003 que s’est opérée une inflexion dans l’orientation politique des gouvernements d’Amérique du Sud. Les mesures principales furent liées à la déconstruction des asymétries régionales, à une insertion internationale plus souveraine et au renforcement de la participation des mouvements sociaux.

C’est cette année-là que le gouvernement brésilien annonça le Programme de Substitution Compétitivedes Importations (PSCI). Quelques mois plus tard fut annoncé la création du Fonds de Convergence Structurelledu MERCOSUR (FOCEM). Les Accords de Complémentarité Économique entre les pays membres du MERCOSUR et de la Communauté Andine des Nations(CAN) s’intensifièrent, permettant le surgissement de la Comunauté Sud-Américaine des Nations(CASA), créée lors du IIIème sommet des Présidents Sud-Américains à Cuzco, en 2004. Ultérieurement, lors du Ier Sommet Énergétique Sud-Américain dans l’île de Margarita, au Venezuela, en 2007, cette institution fut rebaptisée Union des Nations Sud-Américaines (UNASUR). Celle-ci naquit  avec l’objectif d’être un organisme ample, capable de promouvoir l’intégration non seulement du commerce, mais aussi de l’infrastructure, des finances, de la communication, des transports, de la matrice énergétique, du système éducatif, de la santé, des stratégies scientifiques et technologiques, avec pour  membres la totalité des pays du sous-continent.

Parmi les principales conquêtes de l’UNASUR citons la création des Conseils de Défense Sud-Américain, Energétique de l’Amérique du Sud et del’Infrastructure et de la Planification, en plus du projet de la Nouvelle Architecture Financière Internationale(NAFR) qui a permis le rapprochement entre Banques Centrales, la Constitution de la Banque du Sud et qui s’est accompagnée d’efforts pour former un marché régional de titres publics. En outre, en 2010, lors de la Réunion des Chefs d’État de l’UNASUR à Buenos Aires, les présidents ont annoncé la création de la Communauté des États Latino-Américains et des Caraïbes(CELAC). La naissance de cette institution fut scellée en 2011 à Caracas, coïncidant avec la commémoration du Bicentenaire de la Déclaration de l’Indépendance vénézuélienne.

Pendant de nombreuses années l’Amérique Latine n’a pas conçu de projet propre, mais la dernière décennie, avec l’ascension de gouvernements progressistes, développementistes, populaires ou intégrationnistes, a rendu la situation favorable à la construction d’une dynamique intégratrice, basée sur la coopération, la solidarité, la complémentarité, le développement économique et la déconstruction  des asymétries. Malgré les avancées importantes de l’UNASUR et les nouvelles initiatives qu’elle rend possibles, il reste fondamental d’affirmer le rôle du MERCOSUR como projet d’union régionale et, principalement, comme stratégie de développement des pays sud-américains. Plus que l’aspect purement commercial, il doit incarner une proposition commune de développement. Sur ce point un des éléments les plus siginficatifs est l’entrée du Venezuela dans le MERCOSUR ce 31 juillet 2012.

Avec l’adhésion de ce pays des Caraïbes, le PIB du MERCOSUR totalise en effet près de  3,2 trillions de US$, soit les 75% du total de l’Amérique du Sud. La population des pays membres augmente à 272 millions, soit 70% du total régional. Le bloc devient un des producteurs mondiaux les plus importants d’énergie, d’aliments et de produits manufacturés. Le Venezuela possède d’autres avantages comparatifs, liés à ses immenses réserves de minerai, d’eau potable et de biodiversité, qui lui assurent un rôle croissant dans le scénario mondial. En outre le pays bénéficie d’une position  géographique spéciale, relativement beaucoup plus ouverte aux flux internationaux du commerce de l’Hémisphère Nord.

A la suite de la crise mondiale et de la chute des prix du pétrole, l’économie vénézuélienne a achevé 2010 avec le quatrième plus grand PIB d’Amérique du Sud, derrière le Brésil, l’Argentine et la Colombie. En 2009, il avait accumulé le deuxième PIB le plus grand, dépassé seulement par le Brésil. La population vénézuélienne, physiquement et culturellement très proche de celle du Brésil, frôle les 29 millions d’habitants sur un territoire de 916 mil km2. Le pays est traversé par la Cordillère des Andes, le Delta de l’Orénoque, la Forêt Amazonienne, à la frontière de la région nord du Brésil.

Selon le rapport annuel de l’Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole(OPEP), diffusé en juillet 2011, le Venezuela possédait, à la fin de 2010, une réserve certifiée de plus de 250 milliards de barils, dépassant l’Arabie Saudite. Les réserves vénézuéliennes ont triplé dans les cinq dernières années et ont atteint près de 20% du total mondial. Le résultat est lié aux récentes découvertes de la Frange Pétrolifère de l’Orénoque. Depuis 2010, les entreprises multinationales ont également découvert d’immenses champs de gaz dans la frange gazifère de la Côte Caraïbe du Venezuela. Le rapport Statistique de l’Énergie 2011 de la British Petroleum, signale que le pays détient la huitième plus grande réserve de gaz de la planète. Ces récentes découvertes renforcent l’idée de constituer une Organisation des Pays Exportateurs de Gaz(OPEG) et fortifient les articulations pour la construction du Gazoduc du Sud qui connectera le sous-continent du Venezuela jusqu’à l’Argentine.

Dans le nord du Venezuela, les plus grandes concentrations de minerai sont celles de nickel, charbon, zinc, argent, cuivre, chrome, plomb et silices. Au sud, les gisements se localisent dans la région stratégique de La Guyane, zone industrielle où se trouvent les entreprises basiques de la Corporation Vénézuélienne de la Guyane(CVG). Cette région, traversée par les fleuves Orénoque et Caroní, possède près de 600 kilomètres de frontière avec le Brésil. Autour de l’axe qui relie les villes de Puerto Ordaz à Santa Elena de Uairén se concentrent principalment les réserves de bauxite, de minerai de fer, de diamant, d’or, de baryte, de caolin et de manganèse. Selon le Ministère des Industries Basiques et Minières du Venezuela(MIBAM), il existe aussi des gisements, bien que peu qualifiés et en quantité indéfinie, de minerais tels que le graphite, le titane, le cobalt, le platine, le tungstène, le mercure, la dolomite, la magnésite, l’étain, et la fluorite, le mica, le vanadium, la bentonite, la cianyte, le bismuth, la colombite et l’asbeste, entre autres. Il y a une ample marge pour les activités des entreprises sud-américaines dans ce pays, tant dans l’exploitation que dans le traitement de ces matières premières.

Semer le pétrole” et économie productive

L’activité pétrolière du Venezuela a commencé durant la deuxième décennie du siècle dernier dans la région du Lac de Maracaibo, État du Zulia. Depuis lors le pétrole s’est transformé en moteur principal de l’économie du pays ainsi que des transformations politiques et sociales. Selon l’économiste et poète vénézuélien Orlando Araujo (2006, p. 24), le boom de l’économie pétrolière vers la troisième décennie du 20èmesiècle a coincidé, entre dex guerres mondiales, avec la crise internationale la plus violente qui a secoué le système capitaliste au cours du 20ème siècle; et sur le plan national, avec la faiblesse séculaire de l’économie agricole héritée du XIXème siècle. Le pétrole est apparu ainsi, comme une irruption brutale et providentielle, comme le coup de baguette magique heureux, comme un cadeau divin, manne jaillie des entrailles de la terre pour une tribu sur le point de mourir de faim et à l’aube d’un désastre économique mondial.

Dans la répartition des exportations du Venezuela, le pétrole est passé de 0,9% en 1908 à 76,6% en 1928. Les exportations de café ont chuté de 72,3% à 13,7%, et celles du cacao de 10,1% à 4,4%. En 1948, les ventes de pétrole et de ses produits dérivés avaient déjà atteint le niveau actuel , impressionnant, de 95,9% de toute l’exportation vénézuélienne. L’accès croissant aux pétrodollars et la facilité permanente de l’importation découragea le développement d’autres activités productives internes, comme l’activité minière de l’or, du fer et de l’agriculture. Les ventes de café et de cacao continuèrent de baisser jusqu’à atteindre 2,0% et 1,4% du total respectivement. Entre 1928 et 1970, durant plus de quatre décennies, le pays occupa la position de plus grand exportateur mondial de pétrole.

En plus de marquer une division des eaux dans l’histoire vénézuélienne, la dynamique pétrolière a engendré  une des principales caractéristiques de l’économie du pays – la surévaluation de la monnaie nationale, le Bolívar. Au long des décennies ce phénomène a fouetté les importations tout en freinant les exportations, décourageant le développement des activités productives internes. Cette situation historique explique la relative fragilité de l’industrie et de l’agriculture du Venezuela. En analysant la politique économique vénézuélienne, on note que le plus grand défi historique, qui a échoué de manière répétée, a été de consacrer efficacement les ressources du pétrole dans un processus de diversification productive. Cette politique fut baptisée “Semer le pétrole” (1).

Actuellement, plus de 95% des exportations vénézuéliennes se concentrent sous le code  27 de la Nomenclature Commune du MERCOSUR (NCM), qui inclut des minerais combustibles, des huiles minérales et les produits de leur distillation, des matières bétumineuses et des cires minérales. Près de 80% des ventes vont vers les États-Unis, la Chine, l’Inde, Singapour, l’Équateur, l’Espagne, la Hollande et quelques îles des Caraïbes. Le Brésil, pour sa part, représente moins d’1% des exportations vénézuéliennes de pétrole.

Pour un pays pétrolier qui veut avancer sur la voie du développement économique, le contrôle du taux de change a été crucial. Après la fuite des capitaux qui a suivi le coup d’État de 2002 et le sabotage des gérants de PDVSA (Entreprise du Pétrole du Venezuela), le Venezuela adopta à la fin de la même année le change fixe, établissant le taux de 1600 Bs. par dollar. Un an plus tard, le taux passa à 1920 Bs./dollar et en 2005  à 2150 Bs/dollar. En 2007, avec l’élimination de trois zéros du Bolívar, le taux officiel fut fixé à 2,15 Bs. A travers la Commission de l’Administration des Devises(CADIVI), le gouvernement a augmenté le contrôle sur le dollar, privilégiant les importations de “produits prioritaires” comme les aliments, les biens de capitaux, technologie, revenus familiaux, transactions diplomatiques et dépenses gouvernementales.

Les produits considérés comme non prioritaires ne bénéficient pas de l’accès garanti aux dollars de CADIVI, et sont importés souvent à travers d’autres mécanismes et avec des taxes qui atteignaient 8,5 Bolivars par dollar. Même de cette manière les données du Ministère du Commerce démontrent que le commerce binational a augmenté de 430% entre 2003 et 2010. Jusqu’à aujourd’hui plus de 60% des exportations brésiliennes vers le Venezuela sont des “produits prioritaires”.

Durant la crise internationale de 2009, le Venezuela a ressenti la forte chute des prix du pétrole. Après deux ans sans modification de taux, le gouvernement annonça la création de deux taux: l’un à. 2,60 Bs. pour l’importation de “produits prioritaires” et l’autre de 4,30 Bs. pour les autres achats. D’un côté la mesure a eu pour effet de contenir l’inflation, de l’autre elle a augmenté la quantité de ressources pour le gouvernement : chaque pétrodollar pour l’usage du gouvernement fut converti à 4,30 Bolivars, multipliant l’effet positif sur les budgets publics. En 2010, ce double taux de change fut éliminé au profit d’um taux unique de 4,30 Bolivars. Le succès de ces initiatives dépendra de plus en plus de l’efficacité de mesures complémentaires  comme l’élargissement du crédit, l’augmentation du salaire réel, la stimulation de la production nationale et l’efficacité de CADIVI.

Dans cet effort de “semer le pétrole” au  Venezuela, les principaux mécanismes utilisés pour surmonter l’économie rentière et pour promouvoir la diversification économique furent (entre autres) :

1)Le retour de l’entreprise PDVSA sous contrôle de l’État. Depuis sa création en 1976 l’entreprise a fonctionné comme un État dans l’État. Cette première mesure a rendu possible en grande partie l’application des autres actions ;

2)Le contrôle du change, des capitaux et des prix, qui se sont révélés efficaces pour freiner la détérioration de la monnaie nationale et la fuite des capitaux, que ce soit à travers la spéculation internationale sur le bolivar, des revenus de profits à l’extérieur ou d’importations superflues;

3)La nationalisation, à travers le paiement d’indemnisations, d’entreprises stratégiques dans les secteurs des communications, de l’électricité, de l’alimentation et de la construction, ainsi que d’institutions financières;

et 4)La réforme de la Loi de La Banque Centrale du Venezuela, qui a établi un plafond annuel pour les réserves internationales; les valeurs qui dépassent ce plafond doivent être transférés au Fonds de Développement National, le FONDEN, dont l’objectif est de financer des secteurs comme les industries lourdes, les industries de transformation, l’agriculture, la pétrochimie, le gaz, l’infrastructure, les transports et le logement, entre autres. Depuis sa création en 2005, ont été versés au FONDEN, rien que par la compagnie nationale du pétrole PDVSA, près de 21,8 billions de dollars (Chávez, 2009, p.23).

Ces dernières années ont vu de grands progrès dans le processus d’intégration binationale Venezuela/Brésil. Accords noués entre des organismes vénézuéliens et brésiliens comme La Caisse Economique Fédérale (CEF), l’Entreprise Brésilienne de Recherche Agricole (EMBRAPA), l’Agence Brésilienne de Développement Industriel (ABDI), l’Association Brésilienne d’Industrie des Machines et Équipements (ABIMAQ), la Superintendance de la Zone Franche de Manaos (SUFRAMA), l’Institut Nacional de Métrologie, Qualité et Technologie (INMETRO), l’Institut du Coeur (INCOR), entre autres.

En 2010, les présidents Lula et Chávez annoncèrent leur intention de créer des liens de coopération entre l’Institut de recherche Économique Appliquée (IPEA) et des institutions vénézuéliennes. Le ministre Samuel Pinheiro Guimarães, alors responsable du Secrétariat des Affaires Stratégiques (SAE), structure à laquelle l’IPEA était subordonné, a eu un rôle important dans cet accord. L’Institut inaugura son premier bureau de représentation à l’extérieur avec un siège au Ministère de l’Énergie et du Pétrole du Venezuela(MENPET) et à Petróleos de Venezuela(PDVSA). Actuellement des techniciens et des spécialistes brésiliens contribuent à la planification territoriale du développement des régions de la Frange Pétrolifère de l’Orénoque, zone certifiée comme la plus riche en pétrole du monde, et de la Zone Gazifère de l’État de Sucre.

Bien que la région du nord brésilien possède un des plus hauts indices de croissance économique et démographique du Brésil, elle n’est que faiblement intégrée au reste du Brésil. De part et d’autre de la frontière se concentrent les états dotés des plus bas indices de Développement Humains (IDH) des deux pays. L’Amazonie étant une pièce-clef dans le processus d’intégration de l’Amérique du Sud, il convient de considérer les possibilités d’amplifier les travaux autour de l’axe Amazone-Orénoque. Cette région possède les plus grandes réserves pétrolières du monde, et autour de cet axe se trouvent aussi les entreprises basiques et les principaux gisements de bauxite, minerai de fer, or et diamants du Venezuela. Les dernières années ont été marquées par de grandes avancées dans l’infrastructure énergétique (connexion du Barrage de Guri avec les lignes d’Eletronorte) et de communications (fibre optique de Caracas à Boa Vista et Manaus). Par cette zone passerait le méga-projet de Gazoduc du Sud, oeuvre fondamentale pour garantir la souveraineté énergétique sud-américaine. Actuellement le Groupe Frontalier Binationaltravaille à l’articulation des chaînes productives (Pôle Industriel de Manaos et Zone Franche de Puerto Ordáz, au Venezuela), à l’augmentation des échanges commerciaux entre les deux régions et au renforcement de l’infrastructure qui va de Manaos et Boa Vista (Brésil) jusqu’à Puerto Ordaz et Ciudad Bolívar, en passant par Pacaraima et Santa Elena de Uairén (Venezuela). Il est clair que c’est surtout à travers le nord du Brésil que le Venezuela entrera dans le Mercosur.

Ces dernières années les gouvernements du Brésil et du Venezuela, ainsi que les administrations de Roraima et de l’État vénézuélien de Bolívar, ont pris des initiatives pour dynamiser les relations commerciales, intensifier les flux d’investissements et promouvoir l’intégration productive du nord brésilien avec le sud vénézuélien. Il y a de grands potentiels en particulier dans les secteurs de la métallo-mécanique, de  l’agroindustrie, la pétrochinie, l’automobile et l’industrie pharmaceutique. En novembre 2010 et en août 2011, le Ministère des Relations Extérieures (MRE), le Ministère du Développement, de l’Industrie et du Commerce Extérieur (MDIC) et l’IPEA, entre autres organismes brésiliens et vénézuéliens, ont réalisé à Manaos et à Caracas respectivement, des séminaires pour débattre de l’intégration des régions du Nord du Brésil et du Sud du Venezuela.

Les relations entre le Brésil et le Venezuela ont atteint une phase particulière et un niveau très élevé qui ouvre d’innombrables perspectives, devenues plus favorables avec l’entrée du Venezuela dans le Mercosur. Peu de pays comptent autant d’importantes agences brésiliennes établies dans leurs capitales et dans les villes principales. En plus des progrès d’une vaste alliance du secteur public, s’intensifie l’agenda des projets engageant des entreprises privées brésiliennes au Venezuela telles qu’Odebrecht, OAS, Camargo Corrêa, Andrade Gutierrez, Queiroz Galvão, Braskem, AMBEV, Gerdau, Alcicla, Petrobras et Eletrobras, entre autres.

Les exportations brésiliennes vers le Venezuela étaient restées à un niveau relativement bas dans les années 80 jusqu’en 2003. Mais la forte croissance de l’économie vénézuélienne et la décision politique de traiter le Brésil comme un partenaire commercial préférentiel ont dopé les ventes brésiliennes vers le Venezuela. En 2003, les exportations du Brésil ont atteint 600 millions de dollars US. En 2008 déjà, ce montant avait été multiplié par neuf, dépassant 5,2 billions de dollars US. En 2009, même avec la diminution des exportations due à la crise internationale, les ventes brésiliennes au Venezuela ont atteint 3,6 billions de dollars, soit cinq fois plus qu’en 2003. En 2010, elles furent de 3,8 billions de dollars.

En 2003, les exportations brésiliennes vers le Venezuela représentèrent seulement 0,8% des ventes brésiliennes dans le monde. Em août 2010, ce pourcentage fut de 1,5%. En 2009, le Brésil était déjà le deuxième plus grand exportateur d’automobiles et de pièces détachées vers le Venezuela, le troisième plus grand exportateur d’électro-électroniques, d’aliments et de machines et d’équipements et le sixième de produits pharmaceutiques. Il existe, malgré tout, une grande asymétrie dans ces relations commerciales, avec un fort excédent en faveur du Brésil.

Comprenant que l’avancée du processus d’intégration sud-américaine dépend de la déconstruction des asymétries entre les pays et de la complémentarité conséquente des chaînes productives régionales, la chancellerie brésilienne a contribué depuis 2003 à affronter ce scénario défavorable. Cette année-là le gouvernement brésilien a adopté le Programme de Substitution Compétitive d’Importations(PSCI) (2). Ce plan avait pour objectif d’impulser le commerce entre le Brésil et les autres pays sud-américains, em susbstituant, chaque fois que c’était possible et sur base de prix compétitifs, les importations brésiliennes depuis des marchés tiers par des importations provenant de voisins du sud.

En outre dans les dernières années sont néees ou ont pris un nouvel essor les structures tournées vers l’intégration qui prennent en compte les grandes asymétries. Dans ce cadre sont nés l’UNASUR, le Fonds de Convergence Structurelle(FOCEM) et, plus récemment, la Banque du Sud. Dans les années futures l’expansion du réseau d’infrastructures vénézuéliennes permettra au pays caraïbe de développer des liens forts avec le reste de l’Amérique du Sud. On sait que le futur ne dépend pas que des oeuvres humaines. Mais il existe des preuves suffisantes pour affirmer que la planification rationnelle et l’intervention humaine peuvent changer le destin dans l’espace et dans le temps. Il incombe aux penseurs d’aujourd’hui de contribuer à la construction du Mercosur de demain, car il n’y a plus de doutes quant à l’importance fondamentale de l’entrée du Venezuela dans le bloc régional.

(1)L’expression fut lancée par l’intellectuel vénézuélien Arturo Uslar Pietri, em  1936. L’idée était de “convertir la richesse transitoire du pétrole en richesse permanente de la nation”. Pour l’avocat vénézuélien Ramón Crazut (2006), il s’agit d’une “politique orientée à consacrer le gros des ressources obtenues à travers l’exploitation des hydrocarbures à des investissements vraiment productifs qui contribuent à la diversification de la production et des exportations,et nous rendent indépendants de la relative monoproduction et monoexportation d’hydrocarbures, situation qui confère à notre économie une haute vulnérabilité, vu le caractère épuisable de cette ressource extractive et ses continuelles fluctuations de prix”.

(2)Samuel Pinheiro Guimarães (2008) affirme que “la compréhension brésilienne de la necessité de récupération et renforcement industriels de ses voisins nous a mené à la négociation du Mécanisme d’Adaptation Compétitive avec l’Argentine, aux efforts de construction des chaînes productives régionales et à l’exécution du PSCI. L’objectif de celui-ci était de contribuer à la réduction des extrêmes et chroniques déficits commerciaux bilatéraux, quasi tous favorables au Brésil”.

Traduction du portugais : Thierry Deronne

Bibliographie consultée:

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- ARAUJO, Orlando. La industrialización de Venezuela en el siglo XX. Plan de Publicaciones del Ministerio de Industrias Básicas y Minería (MIBAM), Caracas, 2006.
 
- BANDEIRA, Luiz Alberto Moniz. “A integração da América do Sul como espaço geopolítico”, Seminário sobre integração da América do Sul, Palácio Itamaraty, 23.07.09, Rio de Janeiro.
 
- CALIXTRE, André e BARROS, Pedro Silva. A integração sul-americana, além da circunstância: do Mercosul à Unasul In: Brasil em Desenvolvimento: Estado, Planejamento e Políticas Públicas, IPEA, 2010.
 
- CHÁVEZ, Hugo. Mensaje anual a la Nación del Presidente de la República Bolivariana de Venezuela, Hugo Chávez, el 13 de enero de 2009 [Cadena nacional de radio y televisión].
 
- COSTA, Darc. Estratégia Nacional. A cooperação sul-americana como caminho para a inserção internacional do Brasil. LP&M Editores: Porto Alegre, 2003.
 
- CRAZUT, Ramón (2006). La siembra del petróleo como postulado fundamental de la política económica venezolana: esfuerzos, experiencias y frustraciones. Caracas: Universidad Central de Venezuela – Consejo de Desarrollo Científico y Humanístico.
 
- FFRENCH-DAVIS, Ricardo; MUÑOZ, Oscar & PALMA, José Gabriel. As economias latino-americanas, 1950-1990. História da América Latina, Volume VI, A América Latina após 1930. Edusp: São Paulo, 2009.
 
- GADELHA, Regina Maria Fonseca D’Aquino. Pensamento hegemônico versus emancipação: repensando a atualidade de Celso Furtado. Revista Pesquisa & Debate. v. 15, n. 26, pp. 209-224, São Paulo, 2004.
 
- GONÇALVES, Williams. Latinidade e Mundialização. In: COSTA, Darc. Mundo Latino e Mundialização. Mauad Editora Ltda: Rio de Janeiro, 2004
 
- GUIMARÃES, Samuel Pinheiro. O desafio da integração. O mundo multipolar e a integração sul-americana. Amersur: Buenos Aires, 2008.
 
- MEDEIROS, Carlos. Modelos alternativos para la integración sudamericana. In: Integración regional en América Latina: desafíos y oportunidades. Monografía de la Red del Instituto Virtual de la UNCTAD. Nova Iorque e Genebra, 2010.
 
- LIST, Friedrich. Sistema nacional de economia política. Editora Abril [Os Economistas], São Paulo, 1983.
 
- LOPES, Carlos. Empresas externas levam 33% dos recursos do BNDES para indústria, Jornal Hora do Povo, 18 de junho de 2009.
 
- PADULA, Raphael. Uma concepção de integração regional, papel da infraestrutura e ocupação dos espaços. In: COSTA, Darc (org). América do Sul. Integração e infraestrutura. Loco por ti, Rio de Janeiro, 2011. No prelo.
 
- PAIVA, Donizetti Leônidas de & BRAGA, Márcio Bobik. Integração econômica regional e desenvolvimento econômico: reflexões sobre a experiência Latino-Americana. X Encontro Nacional de Economia Política, 2005.
 
- PERÓN, Juan Domingo. La hora de los pueblos. Editorial El encuentro mágico: Buenos Aires, 1968.
 
- PINTO, Luiz Fernando Sanná e SEVERO, Luciano Wexell. O Sistema de Pagamentos em Moeda Local (SML) e suas potencialidades para o Mercosul. Boletim de Economia e Política Internacional, Brasília, Ipea, n. 5, dez. 2010.
 
- RODRÍGUEZ, Octavio. Teoria do subdesenvolvimento da CEPAL. Rio de Janeiro: Forense-Universitária, 1981.

 

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6 mai 2012 7 06 /05 /mai /2012 09:35

 

La nouvelle Loi du Travail célébrée en grande pompe par les travailleurs vénézuéliens ce 1er mai 2012 est un vieux rêve devenu réalité au bout d’un débat citoyen qui a duré près de trois ans. Plus de 19000 propositions ont été remises par toutes sortes d’organisations de travailleurs, syndicats, coordinations, etc.. à la commission présidentielle chargée d’élaborer le projet. Avec la Constitution Bolivarienne, c’est le texte de loi qui a le plus bénéficié de la participation populaire.


Nous avions rendu compte de ce débat national il y a quelques semaines : “Le Venezuela ouvre le débat pour construire une nouvelle loi du travail

Résultat : la loi signée le 30 avril 2012 par le président Chavez brise enfin le carcan néo-libéral où les gouvernements antérieurs avaient étouffé les droits sociaux. Depuis le 2 mai la loi (dont on peut lire ici le texte intégral en espagnol) circule gratuitement sur internet et de main en main, massivement, dans plusieurs journaux. Sauf dans ceux de l’opposition qui relaient les critiques patronales contre la loi, contre l’égalité homme/femme, contre l’augmentation des indemnités dues aux travailleurs, etc… Des réunions seront organisées partout dans les mois qui viennent, notamment par les syndicats, pour continuer à faire connaître la loi et pour qu’elle soit un levier de nouvelles transformations.

Points forts : l’égalité entre hommes et femmes ; l’interdiction de la sous-traitance du travail ; les conseils de travailleurs. Ceux-ci ne substituent pas les syndicats (qui voient leurs prérogatives renforcées par la loi). Leur fonction, bientôt développée par une loi spéciale, est de promouvoir la participation des travailleurs et de la communauté vivant autour des centres de travail, dans la gestion des entreprises. Ainsi que de lutter contre la spéculation, l’accaparement des produits de première nécessité.

Détail amusant (qui rappelle l’extrême misère de l’information sur le Venezuela en France) : pour occulter le débat citoyen à la base de cette loi, le Monde et l’AFP n’ont rien trouvé de mieux que de la présenter comme une épreuve de force entre un autocrate et son opposition. Saluons cette nouvelle victoire du droit des lecteurs qu’on “informe” sur une Loi du travail sans donner la parole à un seul des millions de travailleurs concernés mais en la donnant… au patronat.

Cette loi s’accompagne par ailleurs d’une nouvelle augmentation du salaire minimum, qui en fait le plus élevé d’Amérique Latine. Une augmentation du pouvoir d’achat protégéee par la baisse continue de l’inflation depuis cinq mois consécutifs (0,8% en avril), par une loi de contrôle des prix pour les produits de première nécessité et l’offre concomitante de biens bon marché produits par les entreprises nationalisées.


Voici un résumé (non exhaustif) de quelques uns des droits dont jouissent à présent les travailleurs vénézuéliens.

Les indemnités auxquelles aura droit le travailleur lors de la fin ou lors de la rupture d’un contrat seront calculées en fonction du dernier salaire. Le travailleur y a droit de manière immédiate, tout retard dans le paiement entraînant des intérêts supplémentaires à lui verser. Ce calcul d’indemnités a un effet rétroactif à partir de de juin 1997, date à laquelle le gouvernement néo-libéral de Rafael Caldera et de Teodoro Petkoff avait modifié la loi au détriment des travailleurs. A présent le patron devra verser pour chaque trimestre et à chaque travailleur une somme équivalant à 15 jours de salaire. (Art. 141 y 142).

DAVANTAGE DE BÉNÉFICES NON SALARIAUX. La loi crée des avantages nouveaux (non décomptables des cotisations et des épargnes déjà établies en faveur des travailleurs) : notamment le remboursement de soins médicaux, l’octroi de bourses ou le financement de formations, de spécialisations. (Art. 105)

SANTÉ ET ÉDUCATION GRATUITES PROTÈGENT LE REVENU DU TRAVAILLEUR. (Art. 97)

DURÉE DU TRAVAIL. La durée du travail qui était jusqu’ici de 44 heures (ce qui obligeait à travailler les samedis) se réduit à 40 heures hebdomadaires (Art. 173). L’idée est d’avancer progressivement vers plus de temps libre (Art. 174)

SIX MOIS DE CONGÉ PRÉ- ET POST-NATAL (six semaines avant l’accouchement et vingt semaines ensuite) (Art. 336 y 338). Les pères auront droit de leur côté à quatorze jours de congé à partir de la naissance de leur enfant (Art. 339). Les parents sont désormais protégés contre toute forme de licenciement durant deux années à partir de l’accouchement. La loi prévoit des avantages semblables en cas d’adoption. L’idée est de permettre à l’enfant d’être mieux accueilli, mieux entouré affectivement par ses parents . Des repos quotidiens sont prévus pour l’allaitement des nourrissons (Art. 335-330-345)

LA SOUS-TRAITANCE DU TRAVAIL EST INTERDITE. Cette pratique s’était étendue à toute l’Amérique latine depuis les années 90 avec la néo-libéralisation du continent. On estime qu’au Venezuela 1 million 200 mille travailleurs en sont victimes.

RETOUR DE LA DOUBLE INDEMNISATION, comme l’avait annoncé le président Hugo Chávez peu avant la promulgation de la loi. Ce mécanisme vise à sanctionner le patron qui effectue un licenciement injustifié, et à compenser la perte de l’emploi pour le travailleur en doublant ses indemnités de licenciement (Art. 92)

LE PATRON PAIERA PLUS S’IL LICENCIE. Tandis qu’en Europe les politiques d’ajustement visent à rendre les licenciement moins chers pour le patronat, au Venezuela la nouvelle loi en élève le coût pour le patron (Art. 92)

QUINZE JOURS D’INDEMNITÉS DE VACANCES, c’est ce que devra payer à présent le patron au travailleur en plus du salaire normal (Art 192).

PLUS DE JOURS FÉRIÉS. La nouvelle loi prévoit quatre jours fériés de plus en faveur des travailleurs (Art. 184).

VACANCES OBLIGATOIRES. Le travailleur devra jouir de ses vacances de manière effective et obligatoire (Art 197).

LE CALCUL DES DIVIDENDES ET AUTRES BÉNÉFICES DE FIN D’ANNÉE DÛS AU TRAVAILLEUR se fera a présent sur la base de trente jours au lieu de quinze. La fourchette va donc à présent de trente jours minimum à quatre mois maximum de salaires (Art. 131-132). Les organisations syndicales pourront aussi inspecter les comptes de l’entreprise pour déterminer si ce qui est versé aux travailleurs reflète bien la réalité des bénéfices de l’entreprise (Art. 133-138)

Sanctions légales contre les patrons délinquants, avec DE POSSIBLES PEINES D’EMPRISONNEMENT. Nouveauté introduite par la loi, la détention comme mécanisme de sanction en cas d’infraction à la loi par un patron. Exemples d’infractions: le refus de réembaucher un travailleur, la violation du droit de grève, le refus d’appliquer ou l’obstruction aux actes des autorités du Travail. Ces infractions seront sanctionnées par une mesure de détention de six à quinze mois. (Art. 512, 538)

LA FERMETURE D’UN CENTRE DE TRAVAIL sera également cause d’une mesure de détention qui peut aller de six à quinze mois selon le verdict des organes juridiques compétents de la République. Toute récidive est punie d’une peine augmentée (Art. 539-540)

TRAVAILLEURS FIXES DÈS LE PREMIER MOIS. Les travailleurs de durée indéterminée (comme de durée déterminée, ou à la tâche) seront considérés comme fixes par la loi dès le premier mois et non à partir de trois mois (en fin de période d’essai) comme auparavant. Dans la loi antérieure le patron pouvait rompre le contrat en payant simplement la valeur de celui-ci au travailleur ou en s’appuyant sur les causes de licenciement (Art. 87).

ENTREPRISES SOUS CONTRÔLE OUVRIER : c’est le mécanisme établi par la loi pour faire face à la fermeture illégale ou frauduleuse d’entreprises et de centres de travail. Si le patron ne se soumet pas à l’ordonnance de reprise des activités productives, le Ministère du travail réunira les travailleurs pour former une instance d’administration et réactiver la production. Dans ce Conseil d’Administration Spécial est prévue la participation du patron. Si celui-ci s’y refuse, le contrôle revient totalement aux travailleurs. La loi prévoit la possibilité que l’État offre son assistance technique et participe à la gestion à travers les ministères compétents (Art. 149)

CE N’EST QU’APRÈS LE PAIEMENT DES TRAVAILLEURS et quand ceux-ci s’estiment pleinement satisfaits que les tribunaux peuvent désormais procéder à la déclaration de faillites. Le paiement des salaires est prioritaire par rapport à tout autre engagement de l’entreprise. (Art. 150-151)

CONTRE LE  HARCÈLEMENT MORAL AU TRAVAIL ET SEXUEL. La loi interdit tout autant ce harcèlement au travail que sexuel et établit les sanctions. Elle définit le harcèlement au travail comme la pression constante et la conduite abusive exercée par le patron ou ses représentants ou un travailleur portant atteinte à la dignité ou à l’intégrité bio-psycho-sociale d’un travailleur. Le harcèlement sexuel est défini comme l’imposition d’une conduite sexuelle non désirée et non demandée, exercée de manière isolée ou de manière répétée par le patron ou ses représentants contre le travailleur. La norme légale établit à présent que l’État, les travailleurs, leurs organisations sociales, les patrons sont dans l’obligation de promouvoir des actions qui garantissent la prévention, l’enquête, la sanction, ainsi que la diffusion, le traitement, le suivi et l’appui aux dénonciations de harcèlement. (Art. 164-166)

 

Thierry Deronne

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